Le département brésilien des affaires autochtones mis en péril par le lobby de l’agro-industrie

Grande manifestation autochtone à Brasilia (avril 2017)
Grande manifestation autochtone à Brasilia (avril 2017)

© VOA

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Une enquête menée par des parlementaires brésiliens représentant le puissant lobby de l’agro-industrie vient de donner lieu à la publication d’un rapport prônant la fermeture du département des affaires autochtones, la Fondation Nationale de l’Indien (FUNAI).

Ces conclusions ont déclenché indignation et incrédulité au Brésil et de par le monde. Francisco Runja, porte-parole des Kaingang, a ainsi résumé la situation : « Eliminer la FUNAI équivaut à nous éliminer, nous les peuples autochtones. La FUNAI est une institution essentielle pour nous, pour notre survie, pour notre résistance ; elle est la garantie de la démarcation de nos terres ancestrales. »

Le rapport s’en prend aux leaders autochtones, aux anthropologues, aux procureurs et aux ONG, y compris Survival International.

Il prétend que la FUNAI est devenue « otage d’intérêts extérieurs » et demande à ce que des dizaines de ses fonctionnaires soient poursuivis en justice pour avoir soutenu ce qu’il nomme « des démarcations illégales » de terres autochtones.

Hier, un groupe de 50 Indiens s’est vu interdire l’accès au Congrès où ils souhaitaient assister à la séance de débats portant sur l’enquête.

Celle-ci s’est déroulée sur 500 jours et le rapport compte 3300 pages. Il constitue une attaque flagrante contre les peuples autochtones et une tentative grossière et partisane de porter atteinte aux droits constitutionnels qu’ils ont âprement gagnés.

Un autochtone mutilé, victime d’une agression par des éleveurs de bétail en mai 2017.
Un autochtone mutilé, victime d’une agression par des éleveurs de bétail en mai 2017.

© Anon

Ce rapport a été piloté par des représentants politiques du puissant lobby brésilien de l’agro-industrie, qui convoite depuis longtemps les territoires autochtones pour son propre profit.

L’un d’entre eux, le député Luis Carlos Heinze, a reçu en 2014 le prix du Raciste de l’année, décerné par Survival suite à ses remarques particulièrement injurieuses contre les Indiens, la population noire et les homosexuels brésiliens.

De même, le député Alceu Moreira a réclamé l’expulsion des peuples autochtones qui cherchent à réoccuper leurs terres ancestrales.

Le climat incroyablement hostile et anti-autochtone qui règne dans de nombreux services du parlement alimente la violence à l’encontre des peuples autochtones. Le mois dernier, vingt-deux Indiens gamela ont été blessés suite à une agression perpétrée par des milices de propriétaires terriens locaux.

La FUNAI a souffert de sévères coupes budgétaires, immobilisant plusieurs équipes en charge de protéger les territoires des peuples isolés. Cela signifie concrètement que certaines des personnes les plus vulnérables de notre planète sont laissées à la merci de bûcherons et de personnes les spoliant de leurs terres, tous armés.

L’institution s’est affaiblie : de nombreux employés ont été licenciés et des représentants politiques en dirigent désormais les départements stratégiques.

Au cours des cinq derniers mois, la FUNAI a connu trois présidents ; le deuxième, Antonio Costa, a été révoqué début mai. Lors d’une conférence de presse, il a violemment critiqué le Président Temer et son ministre de la Justice, Osmar Serraglio, en déclarant : « Ils veulent non seulement se débarrasser de la FUNAI, mais également abandonner des politiques publiques telles que la démarcation des terres [autochtones] […] C’est très grave. »

Davi Kopenawa, chaman et porte-parole des Yanomami, s’est exprimé ainsi : « La FUNAI est brisée […] Elle est déjà morte. Elle n’existe plus que sur le papier. Un beau papier rempli de bonnes intentions, certes, mais qui n’a pas le pouvoir de nous aider. »