Peuples autochtones et changement climatique


Des milliers de Penan ont dû quitter leurs terres, inondées par l’énorme barrage de Bakun.

Les peuples autochtones sont en première ligne face au changement climatique. Parce qu’ils vivent dans des endroits du monde où son impact est le plus marqué, où leurs modes de vie, leurs cultures et leurs vies dépendent largement ou exclusivement de l’environnement naturel, ils sont plus vulnérables que n’importe qui d’autre sur Terre. Les effets du changement climatique sur les peuples autochtones sont ressentis partout dans le monde : de l’Arctique aux Andes, en passant par l’Amazonie, des îles du Pacifique aux territoires du Grand Nord.

Mais le plus dérangeant est que les peuples autochtones qui sont les moins responsables du changement climatique et les plus affectés par celui-ci, voient maintenant leurs droits violés et leurs territoires dévastés au nom des efforts déployés pour le freiner.


Agissez!

En amont de la 21ème Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP21) sollicitez vos députés pour leur demander à ce que les mesures prises pour réduire les effets du changement climatique prennent en compte les peuples autochtones. Copiez le texte dans un document word et modifiez les informations en italique.
Vous pouvez trouver les informations concernant votre député ici. Prévenez-nous des lettres que vous aurez envoyées.

Vous participez à un festival sur les alternatives possibles au changement climatique? Vous souhaitez parler des peuples autochtones lors de débats? Nous pouvons vous conseiller. Des dépliants seront également disponibles courant novembre.
Contactez-nous! [email protected]


En Arctique

‘Autrefois, on pouvait prévoir le temps qu’il allait faire. Les signes et les savoirs ont perdu de leur justesse. Les anciens repères sont faussés, le monde a trop changé maintenant.’

Veikko Magga, éleveur de rennes finlandais.

Depuis des années, les Inuit soutiennent que le changement climatique affecte leur territoire. Tout leur mode de vie dépend de la glace qui est actuellement en train de fondre. Il leur devient de plus en plus difficile de chasser et de pêcher, plus dangereux de circuler entre les villages et de préserver leur habitat.

Les éleveurs de rennes saami (autrefois appelés Lapons) de Finlande, Norvège, Russie et Suède s’alarment du fait que la taille des troupeaux se réduit, qu’il devient de plus en plus difficile pour les rennes de trouver leur nourriture et que ceux-ci courent désormais le risque de passer à travers la trop fine couche de glace.

En Amazonie

‘La pluie vient tard. Le soleil se comporte bizarrement. Le monde est malade. Les poumons du ciel sont pollués. Nous savons ce qui se passe. Vous ne pouvez pas continuer à détruire la nature.’

David Kopenawa, porte-parole et chamane yanomami

Ces dernières années, de graves sécheresses se sont abattues sur la forêt amazonienne, poumon de la planète. Alors qu’elle absorbe habituellement 0,4 milliards de tonnes de carbone par an, la forêt en a rejeté 2,2 milliards de tonnes lors de la sécheresse de 2010, soit la moitié des émissions annuelles des Etats-Unis.

Dévastant des millions d’hectares de forêt, les sécheresses menacent également l’habitat de centaines de peuples autochtones de l’Amazonie comme les Yanomami.

En Afrique

Les Baka du Cameroun et leurs voisins s’alarment du dérèglement des saisons. Il leur est aujourd’hui impossible de planifier leurs récoltes et parfois même de cultiver, leurs semences étant par exemple endommagées par des pluies torrentielles inhabituelles pour la saison.

Comment les mesures d’atténuation du changement climatique affectent-elles les peuples autochtones?

Différentes mesures sont prises pour atténuer le dérèglement climatique. Certaines sont formelles et acceptées par les signataires du protocole de Kyoto. D’autres sont volontaires et prises multilatéralement par des ONG, des gouvernements ou des multinationales leur permettant plus facilement de s’approprier, d’exploiter et, dans certains cas, de détruire le territoire des peuples autochtones – tout comme cela se produit avec le changement climatique.

Les agrocarburants

Promues comme une source alternative d’énergie dite verte par rapport aux énergies fossiles, les cultures d’agrocarburants s’accaparent le plus souvent des terres ancestrales de peuples autochtones. Il a été estimé que si le développement des agrocarburants continue à ce rythme, soixante millions d’autochtones à travers le monde risquent d’être spoliés de leurs territoires et de voir disparaître leurs modes de vie.

‘Nous, les Indiens, nous sommes comme les plantes. Comment pouvons-nous vivre sans notre terre, sans notre sol ?

Marta Guarani

Parmi les victimes de la frénésie sur les agrocarburants, l’un des peuples les plus affectés sont les Guarani du Brésil. La majorité d’entre eux ont été spoliés de leurs territoires au profit des plantations de canne à sucre pour produire de l’éthanol afin de satisfaire à la demande énergétique.

Les effets sont catastrophiques. Autrefois gardiens de 350 000 km2 de terres dans l’Etat du Mato Grosso do Sul, de nombreux Guarani se retrouvent aujourd’hui à vivre dans des campements de fortune au bord des routes ou sur de petites parcelles cernées par les plantations où maladies, malnutrition et dépression sont monnaie courante. Sans terre et sans perspective d’avenir, les Guarani sombrent dans le désespoir. Ils détiennent l’un des taux de suicide les plus élevés au monde.

Quand ils tentent de réoccuper leurs territoires, les Guarani sont attaqués et assassinés par des hommes de main armés à la solde des nouveaux propriétaires de leurs terres ancestrales.

La majorité du territoire des Guarani du Brésil leur a été spolié au profit des plantations de canne à sucre et des fermes d’élevage.

L’énergie hydroélectrique

Tout comme les agrocarburants, l’énergie hydroélectrique est considérée comme une source d’énergie alternative majeure par rapport aux énergies fossiles. Mais, sous prétexte de combattre le changement climatique, la construction de grands barrages détruit les terres des peuples autochtones et les chasse de leurs territoires ancestraux.

A Bornéo, le gouvernement malaisien a présenté la construction de l’énorme barrage de Bakun comme une source ’d’énergie verte’ participant à l’effort national pour stopper le réchauffement global. Le barrage qui inonde 700 km2 de terres a provoqué l’expulsion de 10 000 autochtones, dont de nombreux Penan, des chasseurs-cueilleurs semi-nomades. Peuple autrefois autonome, les Penan sont désormais confinés dans de minuscules parcelles de forêt dont certaines sont marécageuses et peu propices aux activités nécessaires à leur subsistance. Les communautés, qui n’ont pas été correctement informées et consultées, sont aujourd’hui laissées dans le dénuement le plus total. Malgré leur opposition à ces projets, le nouveau barrage de Barram menace à nouveau d’expulsion plus de 20 000 autochtones.

La situation est la même au Brésil, où la construction très controversée du méga-barrage de Belo Monte menace la biodiversité ainsi que des milliers de peuples autochtone.

La compensation carbone

‘Le programme REDD augmentera la violation de nos droits humains, de nos droits à nos territoires et à nos ressources, nous serons spoliés de nos terres… il détruira la biodiversité et engendrera des conflits sociaux.’

Forum international des peuples autochtones sur le changement climatique

Les efforts pour stopper la déforestation ont conduit à la mise en place d’un mécanisme destiné à réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (appelé REDD+, acronyme anglais pour Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation).

Le principe de base de REDD+ est d’encourager les pays en voie de développement à protéger leurs forêts en faisant payer les pays riches. Une des mesures consiste à générer un crédit-carbone provenant du carbone contenu dans ces forêts et que ces pays riches achètent pour compenser leur déficit-carbone.

Les peuples autochtones n’ont cessé de faire part de leur inquiétude à propos de REDD+ car ce mécanisme pourrait donner une énorme valeur financière à leurs forêts et provoquer une mainmise sur leurs terres. La majeure partie des forêts mondiales éligibles pour être inclues dans des mécanismes REDD+ sont des territoires autochtones traditionnels.
REDD+ risque de rendre encore plus difficile la reconnaissance des droits territoriaux des peuples autochtones et de saper ou d’ignorer leurs droits là où ils sont déjà reconnus. REDD+ pourra donner lieu à des expulsions et il conduira dans le meilleur des cas à des restrictions sur l’utilisation traditionnelle des territoires ou sur l’accès aux ressources naturelles. De nombreux peuples autochtones ont déjà eu à souffrir de projets de compensation-carbone sur leur territoire. Ces projets ‘volontaires’ ont donné lieu à des expulsions, à la destruction de villages et de ressources, à de violents conflits et à des persécutions, causant morts et blessés.

En Ouganda par exemple, les Benet ont été expulsés de leurs terres et confinés dans un camp de réfugiés.

Expulsions au nom de la protection de la nature

Au Kenya, le gouvernement a procédé à l’expulsion de milliers d’Ogiek au nom de la protection de la forêt de Mau, endommagée par les sécheresses croissantes et par une mauvaise gestion de l’environnement. Le gouvernement kenyan a affirmé qu’il agissait pour ‘contrecarrer les ravages’ du réchauffement climatique. Pourtant, les Ogiek, un peuple de chasseurs-cueilleurs, vivent durablement de la forêt depuis des centaines d’années.

Recommandations

Là où elles affectent la vie de peuples autochtones, les mesures prises pour compenser les impacts du changement climatique doivent :

Reconnaître et respecter les droits des peuples autochtones inscrits dans la législation internationale (Convention 169 de l’Organisation internationale du Travail et dans la Déclaration des droits des peuples autochtones des Nations unies), et en particulier :
- leur droit à la possession de leur territoire,
- leur droit à accorder ou non leur consentement libre, préalable et éclairé concernant le développement de leurs territoires.

Impliquer pleinement les peuples autochtones et s’appuyer sur leur connaissance inégalée de leur environnement. Les peuples autochtones sont les meilleurs gardiens du monde naturel et c’est avec eux, et non contre eux, que nous devons lutter contre le changement climatique.