Questions, réponses à propos des Awá

 
Réponses aux questions les plus fréquentes à propos de notre campagne de soutien aux Awá.

Qu’entendez-vous par ‘tribu la plus menacée au monde’ ?

Les Awá contactés représentent une population d’environ 360 personnes et l’on estime qu’une centaine de plus vivent encore dans l’isolement. C’est un très petit groupe, ce qui les expose inévitablement à de multiples dangers. Les peuples isolés – ceux qui n’ont pas de contact pacifique avec les non-Indiens – sont sans aucun doute les plus vulnérables de la planète. Ils vivent constamment sous la menace de rencontres hostiles ou de maladies introduites par les étrangers et contre lesquelles ils n’ont aucune immunité. La situation des Awá est d’autant plus grave que leur forêt est détruite à un rythme accéléré et qu’ils sont totalement encerclés par les bûcherons et les éleveurs. La déforestation gagne désormais leurs terres, toutes les forêts les environnant ayant été abattues. Contrairement à d’autres groupes isolés d’Amazonie, les Awá n’ont nulle part ailleurs où se réfugier. Plusieurs rapports ont fait état de meurtres d’Indiens perpétrés par des bûcherons et des éleveurs, mais il n’existe aucune information récente sur ces exactions car les Awá isolés ne sont pas établis dans des villages sédentaires (qui seraient visibles par les patrouilles de surveillance aérienne) et les contacts fortuits ne sont pas signalés. Les bûcherons qui enfreignent la loi en pénétrant dans la réserve peuvent réagir très violemment aux enquêtes in situ.

Pourquoi affirmez-vous que la tribu est menacée de génocide ?

Ce terme a déjà été employé par un juge brésilien. Le génocide tel qu’il est défini par les Nations-Unies (‘l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux’) s’applique parfaitement à la situation à laquelle les Awá sont confrontés : les exploitants forestiers et les fermiers ont ouvertement fait savoir qu’ils voulaient se débarrasser des Indiens. Il est évident que, même si tous les Indiens étaient massacrés, ou mouraient des conséquences de l’exploitation forestière ou de l’élevage, le nombre de victimes ne serait que de quelques centaines. Contrairement aux idées reçues, le génocide n’implique pas nécessairement un critère quantitatif. En dehors du fait qu’elle n’a aucune pertinence juridique, une telle interprétation discrimine les Indiens d’Amazonie qui sont démographiquement faibles

L’image des Awá véhiculée par Survival ne relève-t-elle pas du mythe du ‘bon sauvage’ ? Pourquoi commencez-vous le film avec le mot ‘paradis’ ?

Ce qui attend les Indiens après le contact et la spoliation de leurs terres est au mieux l’indigence, souvent accompagnée d’alcoolisme et de suicides, au pire la disparition. Il est courant que 50%, ou plus, d’un groupe ne survive pas aux premières années du contact. En comparaison, la vie de ceux qui ont conservé leurs terres et leur identité est incontestablement meilleure, voire ‘paradisiaque’. Cette constatation a été faite par les Indiens eux-mêmes, elle n’est pas illusoire. Les Awá contactés ont été filmés dans leurs activités quotidiennes (aucune tentative n’a bien sûr été faite pour filmer les Awá isolés). La vidéo restitue une image sincère, bien qu’extrêmement brève, de leur vie.

Ce film semble avoir exigé beaucoup de moyens, n’est-ce pas du gaspillage d’argent ?

Notre film est le moyen le plus efficace, et de loin le moins coûteux, de sensibiliser un large public. Il a été tourné par notre propre personnel avec notre propre matériel et a été produit en interne. Aucune partie n’a été sous-traitée, et nous avons dépensé aux alentours de 7% de ce que nous aurions dû payer si nous avions eu recours à des professionnels. Les fonds que nous avons utilisés pour organiser cette campagne et produire ces films ne proviennent pas de nos donateurs, mais de fondations privées. Une grande partie du travail a été exécutée par des bénévoles.

Pourquoi faire appel à des célébrités dans le film?

Le plus important était d’obtenir que les Awá soient remarqués sur la scène mondiale. Colin Firth est, parmi nos sympatisants, l’un des plus largement reconnus à l’échelle internationale. Il est un militant de longue date de Survival. Heitor Pereira, qui a composé la musique, est un musicien brésilien renommé, maintes fois primé et très sensible à la cause des Indiens de son pays.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que l’argumentaire de certaines de vos campagnes est souvent trop schématique, superficiel ou fragmentaire ?

Que la meilleure manière d’atteindre un très large public est de mettre les informations que nous diffusons à la portée du plus grand nombre. Ce qui ne veut pas dire que nous n’avons qu’une vision fragmentaire ou superficielle des cas que nous défendons. Nous menons des recherches approfondies sur les campagnes que nous lançons en nous appuyant sur une expérience de plus de 40 ans. Survival est la seule organisation internationale se consacrant exclusivement aux droits des groupes les plus vulnérables parmi tous les peuples autochtones de la planète. Elle travaille en étroite collaboration avec des centaines de personnes directement impliquées dans ses campagnes, généralement sur la base du volontariat, associées à l’expérience de son personnel et des membres de son comité d’experts.

Cette expérience s’est forgée avec des chercheurs qui ont commencé à enquêter sur la situation des peuples autochtones dans les années 1950. (L’un des fondateurs de Survival, l’anthropologue britannique Francis Huxley, a travaillé avec un groupe voisin des Awá il y a plus de soixante ans, en collaboration avec le célèbre anthropologue brésilien Darcy Ribeiro). Survival a une expertise confirmée sur la question des peuples autochtones les plus vulnérables du monde et est en contact direct avec de nombreuses communautés et organisations autochtones.

Certains prétendent qu’il n’existe plus de peuples isolés et que de telles affirmations sont fausses. Que répondez-vous à cela ?

Il existe encore sur tous les continents de nombreux groupes sans contact pacifique avec le monde extérieur. En quarante ans nous avons acquis une solide réputation de fiabilité des informations que nous diffusons. Chaque fois qu’elles sont mises en cause, nous répondons avec des arguments irréfutables. Généralement, ceux qui nous ont accusés finissent par reconnaître leur erreur. Lorsqu’il s’agit de sujets particulièrement sensibles, nous employons tous les moyens, jusqu’à la plainte en justice, pour rétablir la vérité.

Quelle part de votre budget est affectée aux Awá, et au Brésil en général ?

Les problèmes auxquels les Awá sont confrontés ne se résolvent pas avec de l’argent et nous ne finançons pas de projet d’assistance pour eux; les Awá isolés n’ont évidemment pas besoin d’argent. Très peu de fonds sont reversés au Brésil, bien que nous financions occasionnellement des projets de terrain, pour aider les Indiens soit à porter leurs revendications devant les tribunaux, soit à subventionner leurs déplacements lors de réunions avec les autorités. Ce type de projet représente une part infime des activités de Survival, toutefois il nous arrive d’en recommander certains à des agences de financement spécialisées avec lesquelles nous sommes en relation.

Où va votre argent alors ?

Nous l’utilisons principalement pour promouvoir les droits des peuples autochtones, en particulier leurs droits territoriaux, et sensibiliser l’opinion publique à leur situation. Cette double vocation implique d’établir des contacts directs avec les gouvernements et les entreprises ; de rechercher les moyens de faire respecter les législations nationales et internationales; de dénoncer les attitudes racistes (parfois inintentionnelles) envers les peuples autochtones ; de soumettre des rapports aux Nations-Unies et à d’autres institutions internationales. Actuellement, la plus grande partie de nos efforts est déployée pour alerter les médias sur ces questions. Dans cette optique, notre action est très proche de celle d’Amnesty International ou de Human Rights Watch.

Pourquoi avez-vous autant recours aux médias?

Parce qu’en plus de 40 ans d’expérience dans la défense des droits des peuples autochtones, nous avons constaté qu’il s’agissait du moyen le plus efficace pour apporter des changements durables à leur situation. Nous savons que cela fonctionne.

Comment pouvez-vous en être certains ?

Parce que nous l’avons maintes fois démontré. Nous avons appris que seule la pression constante de l’opinion publique internationale pouvait contraindre les gouvernements à respecter leurs propres législations et les instruments internationaux relatifs aux droits territoriaux des peuples autochtones dont ils sont signataires.

N’est-ce pas de l’ingérence dans les affaires internes du Brésil ?

Survival est une organisation internationale qui compte des sympathisants dans plus d’une centaine de pays, y compris au Brésil. Nous avons été sollicités à de nombreuses reprises par des Brésiliens pour intervenir, souvent avec succès, auprès de leurs autorités. La survie des Awá est une préoccupation de beaucoup de Brésiliens, y compris de certains membres du gouvernement.

Quelle est la situation juridique des Awá ?

Le territoire awá a été légalement démarqué, mais ses limites ne sont pas respectées par les bûcherons. La police fédérale a le pouvoir de les expulser et de les empêcher d’y pénétrer. Le Brésil a ratifié la législation internationale sur les peuples autochtones qui reconnaît notamment leurs droits territoriaux et ses lois nationales sont généralement en faveur des Indiens. Le Brésil a également ratifié la Convention sur le génocide, ce qui impose à l’Etat d’enquêter et d’agir en justice si un cas de génocide est avéré.

Si les lois sont bonnes, où est le problème ?

Les bûcherons et les éleveurs qui enfreignent la loi sont liés à de très puissants intérêts locaux. S’y opposer exige une volonté politique au plus haut niveau national. Jusqu’à présent, cela n’a pas été considéré comme une priorité.

Les plus pauvres bénéficient-ils des ressources prélevées sur les terres awá?

Non, le bois est extrait au profit des riches et des puissants. Le Brésil, qui n’est plus un pays pauvre (bien que bon nombre de ses citoyens vivent dans une grande misère), pourrait facilement protéger les terres awá s’il le voulait. Les Awá sont, après tout, l’un des premiers peuples du Brésil.

Certaines de vos campagnes ont été perçues comme ayant une intention cachée ou n’étant régies que par l’argent ou par des forces obscures. Comment réagissez-vous ?

Survival n’a jamais eu aucune affiliation politique, religieuse ou académique. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle est unique dans son domaine. Si nous sollicitons des fonds auprès de quelques fondations, nous sommes presque exclusivement financés par les dons de dizaines de milliers de sympathisants, la vente des articles de notre catalogue et occasionnellement des legs. Nous refusons toute subvention gouvernementale et n’avons jamais reçu de sommes importantes de la part d’une entreprise. Contrairement à d’autres organisations de plus grande taille que la nôtre, aucun des membres de notre conseil d’administration, de notre comité exécutif ou de notre personnel salarié ne représente les intérêts d’une entreprise ou d’un gouvernement. Nos comptes sont dûment contrôlés conformément à la loi et sont rendus publics. Cependant, nous nous réservons le droit d’octroyer des subventions sans révéler le nom des bénéficiaires, lorsque cela pourrait leur porter atteinte.