La tribu la plus isolée du monde?

 

Durant les jours qui suivirent le cataclysme du tsunami en 2004, lorsqu’on se rendit pleinement compte de l’ampleur du cataclysme qui avait frappé les îles de l’Océan indien, le sort des tribus des îles Andaman demeura un mystère. 

Il semblait inconcevable que les insulaires de Sentinele aient pu survivre dans cette île reculée située en plein passage du tsunami.

Lorsqu’un hélicoptère survola l’île, un Sentinele se précipita sur la plage, intimant de son doigt pointé au pilote un message clair: « Nous ne voulons pas de vous ici. » Les Sentinele étaient les seuls parmi les dix millions de personnes affectées par le désastre à n’avoir besoin d’aide de quiconque. 

Il est probable qu’aucun peuple au monde n’est plus isolé que les Sentinele. On pense qu’ils sont les descendants de la première population humaine à avoir quitté l’Afrique et qu’ils vivent dans les îles Andaman depuis probablement 60 000 ans. Le fait que leur langue soit si différente de celles des autres peuples des îles Andaman suggère qu’ils n’ont pas établi de contact avec d’autres peuples depuis des milliers d’années.

Lîle Sentinele dans lOcéan indien, vu dun satellite
Lîle Sentinele dans lOcéan indien, vu dun satellite
© Survival

Cela ne veut pourtant pas dire qu’ils vivent aujourd’hui comme il y a 60 000 ans. Ils sont souvent décrits comme des hommes de l’« âge de pierre », en réalité ils fabriquent des outils et des armes en métal récupéré sur les épaves de bateaux échoués sur les récifs des îles.

À l’image de tant de peuples autochtones isolés à la réputation effrayante, ils sont décrits de façon erronée comme des « sauvages » ou des « retardés ». Leur hostilité vis-à-vis des étrangers est cependant tout à fait compréhensible, car le monde extérieur ne leur a rien apporté mis à part la violence et l’irrespect.

Des Sentinele sur une plage, vus dun bateau en 2006
Des Sentinele sur une plage, vus dun bateau en 2006
© Christian Caron – Creative Commons A-NC-SA

En 1879, par exemple, un couple âgé et quelques enfants ont été emmenés de force dans la ville principale de l’archipel, Port Blair. L’officier colonial responsable de l’enlèvement écrivit que le groupe entier « tomba malade et que le vieil homme et sa femme moururent et les quatre enfants furent renvoyés chez eux avec une quantité de cadeaux. » Malgré sa responsabilité dans la mort d’au moins deux personnes, et très probablement dans la propagation d’une épidémie parmi les habitants de l’île, le même officier n’exprima aucun remord, au contraire il fit simplement remarquer que les Sentinele avaient une expression particulièrement idiote dans leur attitude et leur comportement.

Le film vidéo sur les Sentinele tourné sur la plage de leur île pendant l’expédition du gouvernement indien, nommée « contact », dans les années 1990, peut nous aider à appréhender la vérité.


Les habitants de l’île sont visiblement en très bonne santé, alertes et vigoureux, contrastant fortement avec les deux autres peuples Andaman ayant « bénéficié » de la civilisation occidentale, les Onge et les Grands Andamanais dont un grand nombre a été exterminé et qui sont largement dépendants des aides de l’Etat pour assurer leur survie.

La pression exercée par Survival et d’autres organisations ont amené le gouvernement indien à tempérer ses actions policières vis-à-vis des Sentinele, ses tentatives d’entrer en contact avec eux, et à reconnaître qu’une telle politique a causé de grands dommages aux autres tribus andamanes et accepter qu’ils disposent du droit de décider eux-mêmes de leur mode de vie. Le fait de promouvoir de tels changements résulte d’un simple constat : les peuples sont les mieux placés pour décider ce qui est dans leur propre intérêt.