Survival répond aux questions fréquemment posées sur les peuples non contactés du monde

Indiens non contactés du Brésil, mai 2008. Nombre d'entre eux sont menacés par l'exploitation forestière illégale qui sévit du côté péruvien de la frontière.Indiens non contactés du Brésil, mai 2008. Nombre d’entre eux sont menacés par l’exploitation forestière illégale qui sévit du côté péruvien de la frontière.
© G. Miranda/FUNAI/Survival

Que sont les peuples « non découverts » ou « perdus » ?

C’est du sensationnalisme, sans fondement. Il est extrêmement improbable qu’il y ait certains peuples dont l’existence serait totalement inconnue de quiconque.

Que voulez-vous dire par « non contactés » ?

Ce sont des peuples autochtones qui n’ont pas de contact pacifique avec quiconque du monde extérieur, de la société dominante. Il y a environ 100 peuples non contactés dans le monde.

Cela signifie t-il qu’ils n’ont absolument aucun contact avec l’extérieur ?

Non. Tout le monde a des voisins, même s’ils sont éloignés, et ils savent qui ils sont. S’il s’agit d’un autre peuple autochtone, peut-être lui aussi non contacté, ils peuvent avoir ou non des relations amicales avec eux.

Ont-ils déjà été en contact ?

Dans certains cas, probablement. Certains ont peut-être été en contact avec la société colonisatrice par le passé, et même dans les siècles passés avant de tourner le dos à la violence qui en a résulté. D’autres ont peut-être fait partie de groupes autochtones plus vastes avant de se séparer et de s’éloigner, fuyant le contact.

Certains qui ne font pas de cultures aujourd’hui et qui dépendent uniquement de la chasse et de la cueillette peuvent avoir fait des cultures par le passé. Ils peuvent avoir arrêté ces cultures pour échapper aux invasions de la société dominante.

Ils ne vivent donc pas nécessairement de la même manière que dans les siècles passés ?

Personne ne le fait. Certains groupes d’Amazonie détenaient même des armes à feu, issues des échanges intertribaux, avant même d’avoir rencontré un non-autochtone. La plupart des peuples non contactés utilisent des outils en métal, qu’ils ont trouvé, volés ou échangés avec leurs voisins, depuis de nombreuses années voire des générations.
Les peuples non contactés dans les îles Andaman, par exemple, utilisent des morceaux de métal qui proviennent de vieilles épaves. La patate douce, qui était l’aliment de base pour des peuples polynésiens bien avant leur contact avec les européens, vient en fait d’Amérique du Sud.

Est-ce que ce sont des sociétés primitives ?

Tous les peuples changent en permanence : cela toujours été le cas, y compris pour les peuples non contactés. Survival ne parle pas de peuples ou de cultures « primitifs ». Ils ne sont pas arriérés et n’appartiennent pas à « l’âge de pierre ». Ils vivent juste différemment.

Depuis combien de temps vivent-ils sur leurs terres ?

Généralement, les peuples autochtones vivent sur leurs terres depuis des générations, voire des millénaires.

Certains disent que les signalements des peuples non contactés sont faux.

Certains « premiers contacts »sont des simulations, notamment pour les touristes, mais en réalité, il y a un nombre important de peuples réellement non contactés. Parfois, ils sont étonnamment proches de peuples qui sont en contact depuis des décennies ou plus avec la société dominante.

Quelle est le positionnement de Survival sur le fait de se rendre là-bas ?

Personne ne devrait aller voir des peuples qui ne sont pas en contact régulier avec des personnes extérieures. C’est dangereux pour tout le monde. Nous ne publions leur emplacement approximatif que lorsque cela est nécessaire pour protéger leurs terres.

Les Brésiliens réalisaient des expéditions de « premier contact ». Quel est le positionnement de Survival à propos de cela ?

Ceux qui menaient de telles expéditions ont fini par le regretter. Ils pensaient que le contact était nécessaire pour « sauver » les peuples autochtones, mais les groupes finissaient souvent par être anéantis. Les peuples autochtones doivent être laissés tranquilles et des efforts doivent être déployés pour les protéger afin qu’ils puissent survivre, prospérer et vivre comme ils le souhaitent.

Survoler leurs terres n’est-il pas une forme de contact ?

Cela peut parfois être nécessaire pour savoir s’ils se sont déplacés ailleurs ou si leurs terres sont envahies. Cela peut être important pour attirer l’attention sur leur existence et même pour la prouver. Il est nécessaire quand le but est de sauver ces peuples de la destruction mais cela ne doit pas être fait pour le tourisme.

Mais voir des avions ne va-t-il pas affecter leur vision du monde ?

Les peuples non contactés peuvent avoir vu des avions à de nombreuses occasions. L’idée que cela puisse porter atteinte à l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et/ou à leurs croyances spirituelles relève de la fiction et est basée sur la supposition erronée que leurs cultures sont fragiles. L’expérience nous montre que ces peuples sont en réalité robustes et capables de s’adapter à des objets extérieurs, la plupart le font depuis très longtemps. Les peuples autochtones ne sont pas détruits lorsqu’ils obtiennent ou voient des choses de l’extérieur, mais par la violence et les maladies lorsque leurs terres sont envahies.

Comment réagissent-ils aux survols sur leurs terres ?

Ils se cachent ou montrent leur hostilité. Ils montrent clairement qu’ils veulent être laissés tranquilles.

Mais c’est peut-être parce qu’ils ne voient pas les avantages de « notre » mode de vie ? S’ils savaient, peut-être qu’ils voudraient nous rejoindre ?

Ils n’en auront pas l’opportunité. En réalité, le futur qui leur est offert par la société dominante est de la « rejoindre » au niveau le plus bas possible, souvent en tant que mendiants ou prostitués. L’histoire montre que les peuples autochtones se retrouvent dans une situation bien pire après être entrés en contact avec ces sociétés et, le plus souvent, meurent.

Pourquoi sont-ils menacés ?

Les personnes extérieures veulent leurs terres ou leurs ressources, pour l’industrie du bois, l’exploitation minière, la construction de barrages ou de routes, l’élevage, pour s’y installer, etc. Le contact est généralement violent et hostile, mais les raisons principales de décès sont souvent les maladies communes (grippe, rougeole…) face auxquelles les peuples non contactés n’ont pas d’immunité et qui souvent s’avèrent fatales.

De quoi ont-ils besoin ?

Que leurs terres soient protégées.

Ils ne peuvent certainement pas être laissés tranquilles pour toujours.

Si l’alternative est leur anéantissement, pourquoi pas ? Qui devrait choisir, eux ou « nous » ? Si un peuple décide d’entrer en contact avec la société dominante, il trouvera un moyen. Si nous pensons qu’ils sont des êtres humains, alors ils ont des droits humains. Le problème est que la croyance qu’ils sont « primitifs » et incapables de décider pour eux-mêmes est encore répandue.

Pourquoi leur survie est-elle si importante ?

Premièrement, même s’ils sont peu nombreux, ils sont les peuples les plus vulnérables de la planète. Si nous nous soucions des droits humains, nous devrions certainement nous soucier de ceux qui sont les plus en danger.

Deuxièmement, leurs langues, leur connaissance des plantes et des animaux dans leur environnement (y compris les plantes médicinales), et leur conception de la vie sont uniques. Ils savent des choses que nous ne savons pas.

Troisièmement, puisqu’ils sont « les plus différents » ils apportent énormément à la diversité de l’humanité. Si la diversité est importante, ces peuples sont parmi les plus précieux.

Cela n’est-il pas du romantisme irréaliste ?

C’est défendre le droit des peuples à décider pour eux-mêmes et de ne pas être anéantis aux mains d’une société envahissante. Personne ne pense que s’opposer à la colonisation, à l’esclavage ou à l’apartheid est « romantique ».

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