Survival accuse un photographe de donner une fausse représentation des peuples indigènes

Stephen Corry, directeur de Survival International, considère le travail de Jimmy Nelson comme ‘une niaiserie arrogante’ présentant une image fausse et préjudiciable des peuples indigènes.

Stephen Corry, directeur de Survival International, considère le travail de Jimmy Nelson comme ‘une niaiserie arrogante’ présentant une image fausse et préjudiciable des peuples indigènes.

© Jimmy Nelson/teNeues

Le livre Before They Pass Away (Avant qu’ils ne disparaissent) du célèbre photographe Jimmy Nelson a été sévèrement critiqué par Stephen Corry, directeur de Survival International, qui considère son travail comme ‘une niaiserie arrogante’ présentant une image fausse et préjudiciable des peuples indigènes.

Nelson y écrit que son recueil de ‘portraits’ de peuples indigènes a été motivé par le désir de ‘rechercher d’anciennes civilisations… et de rendre compte de leur pureté dans des lieux où une culture intacte existe encore’. Les ‘cultures’ qu’il a trouvées sont censées être restées ‘inchangées depuis des milliers d’années’.

Corry dénonce son œuvre comme le fantasme d’un photographe qui n’a que peu de rapport avec la façon dont vivent ces peuples aujourd’hui, et même dont ils ont vécu par le passé.

Ses photos de jeunes filles waorani d’Equateur, par exemple, les montrent totalement nues avec pour seul vêtement un cache-sexe en feuille de vigne qu’elles n’ont jamais porté (elles portaient autrefois une simple cordelette autour de la taille). On sait pourtant que, depuis leur contact, les Waorani ont toujours porté des vêtements.

Corry écrit que Nelson ne présente pas seulement un portrait trompeur des peuples indigènes, mais qu’il passe sous silence la violence génocidaire à laquelle beaucoup de tribus représentées dans son livre sont soumises et qu’il prétend même que ces tribus peuvent être ‘sauvées’ de la ‘fatalité’ de ‘disparaître’ en étant simplement photographiées.

Ses photos de jeunes filles waorani dEquateur, par exemple, les montrent totalement nues avec pour seul vêtement un cache-sexe en feuille de vigne qu’elles n’ont jamais porté.

Ses photos de jeunes filles waorani dEquateur, par exemple, les montrent totalement nues avec pour seul vêtement un cache-sexe en feuille de vigne qu’elles n’ont jamais porté.

© Jimmy Nelson/teNeues

Stephen Corry a déclaré aujourd’hui : ‘Compte-tenu de l’énorme publicité dont a bénéficié le livre de Jimmy Nelson lors de sa parution, j’estime qu’il est important de dénoncer ce travail pour le préjudice qu’il cause en négligeant de mentionner les crimes commis au nom du ‘progrès’ contre les peuples qu’il a photographiés’.

Dans sa description de la tribu mursi d’Ethiopie, par exemple, il ne fait aucune mention de sa réinstallation forcée, des agressions et des disparitions dont ses membres font l’objet. Aucune mention, dans la description de Tibétains, de la brutale oppression chinoise. Aucune mention non plus des quelques cent mille Papous qui sont morts depuis l’occupation impitoyable de la Papouasie par l’Indonésie. Non, les tribus ‘disparaissent’ inévitablement, tout simplement. Il s’agit d’un dangereux bourrage de crâne qui satisfait tous ceux qui veulent leur ‘disparition’ le plus rapidement possible’.

Notes aux rédactions :

- Les photos de Nelson sont actuellement exposées à la galerie Camera Work de Berlin.

- Le site de Jimmy Nelson : https://www.beforethey.com/

- Before They Pass Away est publié par les éditions teNeues, textes en anglais, allemand et français, 424 p., 128 euros, 2013.