Exploitation minière illégale dans le territoire autochtone des Yanomami. Brésil, 2022.

Exploitation minière illégale dans le territoire autochtone des Yanomami. Brésil, 2022.

© Bruno Kelly/HAY

Quatre Yanomami du Venezuela – trois hommes et une femme – ont été abattus de sang-froid le mois dernier par des soldats vénézuéliens qui ont ouvert le feu sur un groupe de Yanomami au cours d’une dispute concernant l’accès à internet. La tragédie s’est produite à Parima B, une grande communauté yanomami où se trouve une base militaire.

Un jeune Yanomami de 16 ans et le frère d’une des personnes tuées ont été blessés et évacués vers un hôpital de la capitale de l’État, Puerto Ayacucho.

Ces meurtres ont eu lieu à un moment où la tension montait dans le territoire. Malgré les demandes répétées des Yanomami au cours de la dernière décennie, les autorités vénézuéliennes n’ont pas fait grand-chose pour arrêter les milliers de mineurs qui y travaillent illégalement. Les militaires, loin de protéger les Yanomami et leur territoire contre les invasions, sont accusés de tirer profit du commerce illégal de l’or.

La catastrophe humanitaire engloutit de nombreuses communautés. On rapporte que des mineurs obligent les femmes yanomami à se prostituer et les hommes à travailler dans les exploitations minières. Bien que la malaria sévisse, les équipes sanitaires sont à peine présentes sur le territoire en raison de la crise économique et politique au Venezuela, ainsi que de la négligence du gouvernement.

La Commission interaméricaine des droits de l’homme a condamné l’attaque et demandé au gouvernement de mettre en place une enquête indépendante sur ces meurtres et de traduire les coupables en justice.

Manifestations des Yanomami et Ye'kwana à Boa Vista, Roraima, Brésil. Ils dirigent leurs flèches vers la statue d'un orpailleur illégal dans le centre de la ville.

Manifestations des Yanomami et Ye’kwana à Boa Vista, Roraima, Brésil. Ils dirigent leurs flèches vers la statue d’un orpailleur illégal dans le centre de la ville.

© Mauricio Ye’kwana

La situation dans le territoire yanomami au Brésil est également catastrophique et ressemble désormais à une zone de guerre. Hutukara et Wanasseduume, organisations autochtones représentant les Yanomami et les Ye’kwana sur le territoire yanomami, ont publié ce mois-ci un rapport choquant : “Les Yanomami attaqués” (Yanomami under Attack) qui documente la violence, les abus sexuels et les taux élevés de malaria et d’empoisonnement au mercure parmi les Yanomami en raison de l’exploitation minière illégale.

Le rapport a révélé que, entre 2016 et 2020, l’exploitation illégale de l’or a augmenté de 3 350 %, et affecte désormais directement 273 communautés yanomami totalisant 16 000 personnes, soit 56 % de la population. En 2021, l’exploitation minière a augmenté de 46 % par rapport à 2020.

Exploitation minière illégale dans le territoire autochtone des Yanomami. Brésil, 2022.

Exploitation minière illégale dans le territoire autochtone des Yanomami. Brésil, 2022.

© Bruno Kelly/HAY

Les violences sexuelles à l’encontre des femmes yanomami sont en augmentation, des mineurs proposant des drogues et de l’alcool en échange de relations sexuelles. Le rapport fait état de plusieurs cas de femmes yanomami violées et de jeunes filles harcelées.

La santé des Yanomami est en chute libre et le rapport indique que « l’extraction illégale de l’or a provoqué une explosion des cas de paludisme et d’autres maladies infectieuses et contagieuses, avec de graves conséquences pour la santé et l’économie des familles ».

Des bandes criminelles armées et violentes opèrent en toute impunité dans la région. De nombreuses communautés dans les zones d’exploitation minière illégale vivent dans un état de siège constant, car les mineurs les intimident et leur tirent dessus en permanence. En 2020, deux Yanomami ont été tués par des chercheurs d’or et, en 2021, au moins deux Yanomami non contactés auraient été assassinés par des chercheurs d’or et deux enfants yanomami se sont noyés lorsqu’ils ont été aspirés sous une drague d’extraction d’or.

Un enfant yanomami portant des peintures corporelles décoratives, 2008. La santé des Yanomami est aujourd'hui menacée par la propagation de la malaria et d'autres maladies.

Un enfant yanomami portant des peintures corporelles décoratives, 2008. La santé des Yanomami est aujourd’hui menacée par la propagation de la malaria et d’autres maladies.

© Fiona Watson/Survival

L’invasion est en grande partie alimentée par la rhétorique raciste du président Bolsonaro et ses tentatives de saper la Constitution et de légaliser toutes les formes d’exploitation minière dans les territoires autochtones. Le prix élevé de l’or, ainsi que les puissants intérêts économiques et politiques dans la région, exacerbent le problème. Cependant, dans un coup dur pour Bolsonaro et ses alliés, un projet de loi minier visant à ouvrir l’exploitation minière dans les territoires autochtones a été mis en attente au Congrès.

Un leader yanomami de Palimiu, une communauté qui a subi des attaques violentes de façon répétée, a envoyé cet appel : « Vous, les non-Autochtones, vous qui vivez dans des pays lointains […] Voyez comme nous, les Yanomami, nous souffrons vraiment ! […] Nous voulons que les dirigeants du monde entier nous regardent ! […] Nous souffrons avec la forêt ! […] Maintenant, la forêt est morte […] Ils ont détruit tous les arbres dont nous mangions les fruits ! Ils ont abattu tous les grands arbres ! Et qui a fait ça ? Les mineurs ! […] Notre terre est complètement morte ! […] Tout comme la forêt est dévastée, nous le sommes aussi ! Pourquoi sommes-nous dévastés ? Nous avons été dévastés par l’exploitation minière. Nous voulons vous ouvrir les yeux. Ils nous ont tous anéantis ! »

Survival a protesté auprès des autorités vénézuéliennes contre le meurtre des quatre Yanomami, a demandé que les militaires soient jugés et condamnés pour ces meurtres et a récemment manifesté devant l’ambassade du Brésil à Londres avec d’autres organisations contre l’exploitation minière et forestière illégale et l’accaparement des terres autochtones.