La mauvaise foi de De Beers à propos de l’expulsion des Bushmen

Dans un communiqué de presse daté du 5 juillet, la compagnie De Beers a fait plusieurs allégations concernant Survival. Cela ne nous empêchera pas de poursuivre notre campagne tant que les Bushmen ne seront pas autorisés à retourner sur leurs terres ancestrales de la Réserve du Kalahari central au Botswana. Plusieurs d'entre eux ont récemment été torturés pour avoir chassé ; les violations des droits de l'homme perpétrées par le gouvernement botswanais demeurent à un niveau élevé.

Contrairement aux affirmations de De Beers, la position de Survival désignant les diamants comme le point de départ de l'expulsion des Bushmen est étayée par de nombreux points détaillés dans le document intitulé ‘Les Bushmen ne sont pas éternels'. Ce dernier souligne le fait qu'il a été annoncé aux Bushmen qu'ils avaient été expulsés pour ouvrir la voie à l'exploitation de diamants et que le ministre des Mines avait tenu les mêmes propos devant le conseil régional en 2000. L'année suivante, le propre expert de De Beers, l'anthropologue James Suzman, reconnaissait que ‘l'exploitation minière et le tourisme [avaient] sans doute été déterminants'.

Le directeur général de De Beers a approuvé l'expulsion des Bushmen en 2002 et sa compagnie continue de prendre à partie les Bushmen de la Réserve du Kalahari prétendant qu'ils chassent en voiture à l'aide de ‘puissantes carabines'. Cela est faux. L'ancien directeur du Département de la faune et la flore a récemment reconnu devant un tribunal que les Bushmen n'utilisaient ni véhicules ni armes à feu au cours de leurs chasses.

De Beers prétend également qu'aucun Bushman ne vit dans sa concession minière de Gope, site que, Survival en est certaine, la compagnie espère un jour exploiter.  Gope se situe en fait sur la terre ancestrale des Bushmen qui y résidaient lorsque De Beers y est arrivée, information confirmée par les propres enquêtes de la compagnie.

De Beers serait actuellement en train d'élaborer une politique concernant les droits des peuples indigènes. La compagnie a pourtant déclaré à Survival en 2002 qu'elle estimait que les droits des peuples indigènes ne devraient pas être appliqués en Afrique et a cité les noms de quatre anthropologues soutenant cette position. Mais l'un d'eux, le professeur Ingold de l'Université Aberdeen a déclaré ne pas se reconnaître dans la position que De Beers lui prête. Un autre, James Suzman, consultant de De Beers, estime que les droits des peuples indigènes n'ont pas leur place en Afrique.

Survival n'a nullement l'intention de saper l'économie botswanaise, comme l'affirme De Beers. Nous appelons au boycott de la compagnie pour faire pression sur elle et sur le gouvernement (qui, selon les propres termes du président du Botswana, sont ‘frères siamois') afin qu'ils respectent les droits des Bushmen. La grande majorité de la population botswanaise ne profite pas des richesses du pays. Bien que ce pays connaisse l'un des plus hauts taux de croissance au monde depuis la découverte des diamants dans les années 1960, la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, dans un des pays les plus riches d'Afrique. La propagande, énergiquement relayée par De Beers, selon laquelle le Botswana serait un exemple de démocratie africaine est également mensongère.

Contrairement aux affirmations de De Beers, Survival n'a pas empêché le dialogue entre les ONG locales et le gouvernement du Botswana.

De Beers cite quatre organisations qui, prétend-elle, ‘estiment que les diamants n'ont joué aucun rôle dans les expulsions' : Kuru Family of Organisations; Working Group of Indigenous Minorities in Southern Africa (WIMSA); Kalahari Peoples Fund et Ditshwanelo, le centre des droits de l'homme du Botswana.

Kuru Family of Organisations, une émanation de la mission de l'Eglise réformée néerlandaise, mène actuellement avec De Beers des négociations portant sur une subvention de plusieurs millions de dollars. L'organisation n'a joué aucun rôle auprès des Bushmen de la Réserve du Kalahari. Survival estime que son financement crée un conflit d'intérêt dans cette affaire.

WIMSA nous a récemment prié de stopper notre action. Nous leur avons alors demandé s'ils représentaient les Bushmen de la Réserve du Kalahari – ce qui est faux – et attendons leur réponse. Contrairement à ce qu'affirme confusément De Beers, l'organisation First People of Kalahari qui fait partie de WIMSA nous a non seulement demandé notre soutien mais cautionne entièrement notre action quand elle affirme que l'ombre des diamants plane sur les expulsions. Kuru Family, qui s'attend à recevoir plusieurs millions de De Beers fait également partie de WIMSA. Contrairement à la branche namibienne de WIMSA, la branche botswanaise a déclaré qu'aucune organisation n'était mandatée pour contredire la volonté des Bushmen.

Kalahari Peoples Fund n'a jamais déclaré que les diamants n'avaient joué aucun rôle dans les expulsions. L'organisation estime que les diamants sont l'un des facteurs en cause.

Ditshwanelo, le centre botswanais pour les droits de l'homme, est financé par plusieurs gouvernements européens pour négocier avec le gouvernement botswanais sur la question de la Réserve du Kalahari. L'organisation est dirigée par la fille d'un ex-ministre des Mines et conseiller spécial du président, qui se trouve également être le directeur d'une société d'exploration diamantifère possédant des concessions dans la Réserve du Kalahari. Là aussi, Survival estime qu'il y a conflits d'intérêts.

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