Pérou – Appel au pape pour condamner l'autoroute qui menace les peuples isolés

Raya, un ancien du peuple nahua (2011). Plus de la moitié de son peuple a été exterminée. Si le projet de route se poursuit, de nombreux peuples autochtones isolés pourraient disparaitre.
Raya, un ancien du peuple nahua (2011). Plus de la moitié de son peuple a été exterminée. Si le projet de route se poursuit, de nombreux peuples autochtones isolés pourraient disparaitre.
© Johan Wildhagen/Survival

À l’occasion de la visite du Pape François au Pérou, Survival International appelle le souverain pontife à condamner les tentatives de construire dans la forêt amazonienne une dangereuse route, qui menace d’anéantir certains des peuples autochtones les plus vulnérables de la planète.

Le Congrès a récemment approuvé un projet de loi visant à construire des routes dans les zones reculées de l’Amazonie péruvienne. Si ce projet obtient l’approbation présidentielle, la construction de la « route de la mort » sera autorisée entre les départements d’Ucayalí et de Madre de Dios, au cœur de la Frontière de l’Amazonie isolée.

Cette région, à cheval entre le Brésil et le Pérou, abrite le plus grand nombre de peuples autochtones isolés de la planète. L’autoroute ouvrirait la forêt aux invasions et à des activités extractives aux effets dévastateurs telles que l’exploitation forestière et minière illégale.

« La route de la mort » traverserait le sud-est de la Frontière de l'Amazonie isolée, une région d'une biodiversité inestimable et abritant de nombreux peuples autochtones isolés.
« La route de la mort » traverserait le sud-est de la Frontière de l'Amazonie isolée, une région d'une biodiversité inestimable et abritant de nombreux peuples autochtones isolés.

© Survival International

Le projet de loi 1123-2016-CR, qui « déclare prioritaires et d’intérêt national la construction de routes dans les zones frontalières », a été approuvé par le Congrès fin 2017 au cœur d’irrégularités troublantes.

Le Ministère de la Culture, le Ministère de l’Environnement, les organisations autochtones péruviennes AIDESEP et FENAMAD, ainsi que les communautés autochtones ont rejeté cette décision. Ils dénoncent la violation des droits des peuples autochtones isolés et défendent l’idée que le projet n’est pas viable juridiquement car il implique la traversée de territoires de nature intangibles protégeant les peuples isolés.

Le président de la FENAMAD, Julio Cusurichi Palacios, affirme qu’un « intérêt économique ne peut être favorisé face au respect des droits de l’homme ».

La Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a également exprimé son opposition au projet : « Cette loi pourrait avoir des conséquences irréversibles sur la survie de ces peuples (…). Les expériences précédentes, au cours desquelles un contact forcé a été provoqué par la construction de routes ou d’activités similaires, ont causé des impacts irréversibles, tels que l’extermination physique et culturelle de peuples autochtones isolés. »

L'exploitation illégale est déjà un problème répandu en Amazonie péruvienne. La construction d'une autoroute entre Ucayalí et Madre de Dios aggraverait la déforestation à des niveaux catastrophiques.
L'exploitation illégale est déjà un problème répandu en Amazonie péruvienne. La construction d'une autoroute entre Ucayalí et Madre de Dios aggraverait la déforestation à des niveaux catastrophiques.

© Survival

Le 19 janvier, le pape doit rencontrer des communautés autochtones dans le département de Madre de Dios pour discuter de la protection de l’environnement et de l’humanité.

Dans ce contexte, Survival appelle le pape à se positionner officiellement contre la « route de la mort ». Son impact sur l’écosystème amazonien et sur les tribus isolées serait dévastateur. Par exemple, les Mashco-Piro dépendent de la forêt pour survivre et n’ont pas d’immunité contre les maladies propagées par les colons.

Le directeur de Survival International a déclaré : « Nous demandons au pape de condamner ce projet de loi aberrant qui met en danger la survie de certains peuples les plus vulnérables de la planète. Il est nécessaire que le Pérou se conforme à sa propre législation et au droit international et qu’il garantisse la protection des territoires des tribus isolées. Les peuples isolés sont les meilleurs gardiens de leur environnement et les preuves montrent que leurs territoires constituent le meilleur rempart contre la déforestation. Si la “route de la mort” est construite, il s’agira d’une attaque génocidaire contre ces peuples et leurs écosystèmes ».

Informations complémentaires :

- Le Pape François sera au Pérou du 18 au 21 janvier.
- Actuellement, c’est le parlementaire Glider Ushñahua du parti Fuerza Popular qui est à l’initiative de ce projet de loi qui, s’il était approuvé, donnerait le feu vert à la construction de la « route de la mort ».
- Dans son Encyclique sur le climat et l’environnement, le Pape François prône la connexion profonde des peuples autochtones avec leurs terres et leur rôle dans la conservation de la nature.
- Du coté péruvien de la Frontière de l’Amazonie isolée, il existe des réserves, des territoires autochtones et des parcs nationaux pour protéger les peuples autochtones isolés. Mais cela ne suffit pas : le gouvernement péruvien doit inclure toutes ces zones dans une zone protégée et intangible.
- Les peuples autochtones isolés sont les peuples les plus vulnérables de notre planète. Ils sont tous confrontés à une catastrophe si leurs terres ne sont pas protégées.