François Perrodo, président de Perenco, devant l'une des voitures de sa vaste collection personnelle.

François Perrodo, président de Perenco, devant l’une des voitures de sa vaste collection personnelle. © Facebook

La compagnie pétrolière franco-anglaise Perenco fait pression sur le gouvernement péruvien afin qu’il abandonne un projet de réserve pour les peuples non contactés, car elle veut continuer à y forer du pétrole.

Si cette campagne aboutit, les peuples autochtones non contactés vivant dans la réserve proposée de Napo-Tigre, dans le nord de l’Amazonie péruvienne, seraient en grand danger.

Perenco s’est spécialisée dans le rachat des puits de pétrole en fin de vie afin de les exploiter jusqu’à la dernière goutte, ce qui lui a valu d’être surnommée par certains médias la « low cost du pétrole ».

Bien que très peu connue du grand public, elle fait face depuis des années à de graves allégations de violations de l’environnement et des droits humains en Afrique et en Amérique latine, et ses opérations sont notoirement secrètes.

En mars 2022, dans le cadre d’un contentieux judiciaire opposant Perenco France aux associations Les Amis de la Terre et Sherpa, la Cour de cassation a tranché en faveur de ces dernières, qui demandaient à accéder à des documents internes à l’entreprise afin « de déterminer la responsabilité de Perenco dans les pollutions dénoncées [en République démocratique du Congo] et obtenir réparation le cas échéant ».

L’entreprise familiale a été fondée en 1975 par Hubert Perrodo. Elle est maintenant dirigée par son fils, François Perrodo, qui est également pilote de course amateur.
Selon le magazine Challenges, la famille Perrodo détient la totalité des parts de Perenco et se place en 15ème position des plus grandes fortunes de France.

Au Pérou, Perenco s’oppose depuis longtemps à la création de la réserve de Napo-Tigre destinée aux peuples non contactés. Son action récente – le dépôt d’une injonction légale s’opposant à la création de la nouvelle réserve – n’est pas une action isolée : l’entreprise de même que les autorités de la région de Loreto et de puissants intérêts pétroliers et gaziers sont également impliqués dans une campagne publique contre la création et la protection de réserves autochtones.

Au mois d’avril, ils ont demandé au gouvernement d’abroger la loi nationale pour la protection des peuples autochtones isolés (connue au Pérou sous le nom de loi PIACI). Ils nient systématiquement l’existence des peuples non contactés et, début août, le gouverneur régional de Loreto a écrit au gouvernement pour demander « l’abandon de tout le processus PIACI ».

François Perrodo lors d’une rencontre avec Alan Garcia, alors président du Pérou.

François Perrodo lors d’une rencontre avec Alan Garcia, alors président du Pérou. © Sepres

Les organisations autochtones péruviennes ORPIO et AIDESEP, ainsi que Survival International, ont exprimé leur consternation face à ces attaques :

« Perenco viole les droits humains de nos frères et sœurs non contactés », a déclaré Apu Jorge Pérez, président de AIDESEP, organisation autochtone de l’Amazonie péruvienne.

Image aérienne de malocas de peuples non contactés à Napo-Tigre.

Image aérienne de malocas de peuples non contactés à Napo-Tigre. © ORPIO

Le 25 juillet, la Commission officielle chargée de créer la réserve a finalement reconnu l’existence de peuples autochtones non contactés dans la région de Napo-Tigre après une longue campagne menée par les organisations autochtones. Cette étape essentielle vers leur protection avait pris près de vingt ans.

Mais l’action en justice de Perenco, de même que la campagne du gouvernement régional, vise à saper le processus avant qu’il ne soit terminé et mettrait une fois de plus en danger la survie de peuples non contactés, les peuples les plus vulnérables de la planète.

Teresa Mayo, chercheuse à Survival International, a déclaré : « Le gouvernement péruvien a enfin reconnu l’existence de peuples non contactés dans le bassin de Napo-Tigre. Il ne doit pas leur tourner le dos maintenant. L’État péruvien a désormais l’obligation d’agir rapidement pour créer et protéger la réserve. Nous ne le laisserons pas céder aux pressions de grandes entreprises, aussi puissantes soient-elles. Face à la quête d’enrichissement de la famille Perrodo, multimilliardaire, ce sont les droits et la survie des peuples les plus vulnérables au monde qui sont en jeu. »

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