Des nomades en voie d'extinction

'J'aime ma forêt mais je vois les Blancs chasser tout ce qu'ils trouvent et mettre le feu partout. Il ne reste plus rien. Ils vont avoir raison de notre terre…' Un homme awá

L'un des derniers groupes de chasseurs-cueilleurs nomades du Brésil est menacé d'extinction. Cernés par de gigantesques fermes d'élevage, des coupeurs de bois et des centaines de colons illégaux, les Indiens awá de l'État du Maranhão assistent, impuissants, à la spoliation de leurs terres et se font abattre par des hommes armés à la solde des propriétaires terriens. Un procès imminent concernant le territoire awá pourrait cependant changer le cours de l'histoire.

Les Awá étaient probablement jadis des horticulteurs qui occupaient d'immenses régions de l'est amazonien, mais il y a 200 ans ils durent abandonner ce mode de vie pour le nomadisme afin d'échapper aux incessantes persécutions des colons blancs. Aujourd'hui, ils vivent en petits groupes familiaux mobiles d'environ six personnes. Ils vivent de la chasse, de la pêche et de la cueillette de noix et fruits de la forêt. Ils habitent de petites maisons en feuilles de palmiers pouvant facilement être abandonnées lors des déplacements et maintiennent des relations régulières avec tous les autres groupes awá.

En 1967, un gigantesque gisement de minerai de fer a été découvert dans les Monts Carajas situés dans l'est amazonien. Afin d'exploiter et de transporter le minerai, le gouvernement brésilien obtint un financement de la Communauté européenne, du Japon et de la Banque mondiale destiné à construire un complexe minier et une ligne de chemin de fer. L'une des conditions du prêt – en 1982 – de la Banque mondiale était que toutes les terres indiennes de la zone du projet devaient être 'démarquées' (cadastrées et légalement protégées). Mais vingt ans plus tard, tandis que les Awá attendent toujours que leur territoire soit reconnu, des éleveurs de bétail, des colons et des coupeurs de bois ont envahi la région, semant la violence et détruisant leurs terres. Sous la pression de Survival et d'organisations brésiliennes de soutien, plusieurs tentatives de démarcation du territoire awá ont été faites – mais toutes ont échoué; les éleveurs et les fermiers s'y étant opposés en menaçant physiquement les équipes de cadastrage qui durent finalement abandonner.

L'une des premières propositions faites aux Awá était de démarquer une zone de 276 000 hectares. Depuis lors, les propositions se sont graduellement réduites – la dernière en date, qui ne couvre que 118 000 hectares, a déchaîné l'hostilité des propriétaires d'un vaste ranch d'élevage situé au nord du territoire awá qui ont intenté un procès, ce qui a permis de différer l'affaire durant plusieurs années. Un juge fédéral doit prochainement statuer sur le fait que la terre occupée par le ranch est bien celle des Awá – cette décision sera cruciale pour la survie des Awá dont l'intégralité du territoire doit être démarquée d'urgence.

Le premier contact avec un groupe awá eut lieu en 1973 et d'autres groupes ont été contactés depuis lors. La Funai, la fondation nationale de l'Indien, a déplacé tous les Awá contactés dans quatre villages; la plupart sont des survivants de massacres perpétrés par des éleveurs et des coupeurs de bois. Nombre d'entre eux ont perdu leurs proches parents ou ont été séparés de leurs familles. Il est difficile d'évaluer le nombre d'Indiens qui ont été tués, mais aujourd'hui, les Awá sont environ 300, probablement la moitié de ceux qui existaient dans les années 1960.

Des Awá non-contactés ont été trouvés, survivant dans de minuscules parties de la forêt – souvent proches d'agglomérations et de la ligne de chemin de fer. Il y a moins d'un an, par exemple, des chasseurs awá aperçurent un groupe de 5 Awá non contactés qui s'enfuirent aussitôt dans la forêt. Il subsiste aujourd'hui de 60 à 100 Awá non-contactés vivant en petits groupes familiaux. Ce sont eux qui sont le plus à la merci des hommes armés qui patrouillent régulièrement pour le compte des ranchs.

Ayant assisté à l'invasion et à la destruction de sa terre, To'o, un jeune homme awá craint pour son avenir. 'La seule petite parcelle de forêt qui nous reste est ici. Les éleveurs et les colons qui sont partout, nous repoussent et nous repoussent… et maintenant nous arrivons à la limite. Nous sommes prêts à nous battre si la démarcation n'est pas effectuée, mais nous sommes faibles parce que peu nombreux. Nous n'avons pas les moyens de nous mesurer aux Blancs.'

Il est essentiel pour les Awá que le verdict du jugement leur soit favorable, c'est-à-dire que leur territoire soit reconnu dans son intégralité et relié aux autres terres indigènes au nord et au sud. Sinon, les Awá qui vivent dans ces régions seront rapidement encerclés par des éleveurs et des colons qui détruiront progressivement leur terre et tueront probablement les Indiens qui résistent.