Les Indiens hopi et pueblo acoma demandent la suspension d’une nouvelle vente d’objets sacrés à Drouot

Lavocat Pierre Servan-Schreiber entouré de deux prêtres hopi durant la restitution dun Katsina quil avait acquis lors dune vente précédente. A droite, Sam Tenakhongva.

Lavocat Pierre Servan-Schreiber entouré de deux prêtres hopi durant la restitution dun Katsina quil avait acquis lors dune vente précédente. A droite, Sam Tenakhongva.
© JP Razon/Survival

Dans un communiqué de presse, le chairman de la nation hopi, le gouverneur de la nation pueblo acoma et le chairman de l’Holocaust Art Restitution Project (HARP) ont demandé au Conseil des ventes, l’autorité française de régulation, la suspension de la vente aux enchères d’objets sacrés hopi et acoma organisée par la maison Joron-Derem qui aura lieu mercredi 10 juin à l’hôtel Drouot.

Le Conseil des ventes a rejeté une précédente demande des Hopi de suspendre la vente du 1er juin, la cinquième organisée par la maison Eve depuis 2013, au motif que les plaignants n’avaient pas la capacité juridique d’agir et qu’en vertu de la loi française rien ne pouvait s’opposer à de telles ventes.

Les tentatives pour suspendre les ventes aux enchères précédentes – lesquelles seraient illégales aux Etats-Unis – ont échoué malgré les interventions de Me Pierre Servan-Schreiber, mandaté par Survival International, le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes, et de l’acteur Robert Redford.

Les Katsinam que les Hopi appellent ‘amis’ ont une profonde signification culturelle et religieuse. Ils sont les esprits des ancêtres, des animaux terrestres et du monde naturel, mais aussi d’êtres mythologiques, de forces naturelles et de valeurs morales et sociales. Ils font partie d’un système de croyances qui veut que la stabilité du monde soit liée à la célébration de ces êtres, lesquels ne peuvent être ni commercialisés ni-même montrés à des non-initiés.

La tribu hopi a dépêché à Paris un émissaire officiel, Sam Tenakhongva, leader spirituel et gardien des Katsinam pour la représenter auprès des autorités françaises afin de les convaincre de suspendre la vente et de rapatrier ces objets.

Plusieurs institutions et musées nord-américains, dont le Museum of Northern Arizona, le Heard Museum, le musée Wheelwright des Indiens d’Amérique et le Denver Art Museum ont écrit une lettre au président Hollande pour lui signifier leur ‘indignation’ et leur ‘détresse’ devant la dispersion de tels objets qui viole les lois fédérales et étatiques nord-américaines de protection des ressources culturelles.

En mai dernier, la délégation du Congrès de l’Arizona a écrit au procureur général Loretta Lynch et au directeur du FBI pour leur demander ‘une réponse concernant les mesures que le gouvernement fédéral pourrait prendre pour répondre aux préoccupations de la tribu Hopi’.

‘Le Conseil des ventes a le pouvoir de suspendre une telle vente… Ces objets ne peuvent être vendus ou dispersés pour des raisons légales, culturelles et morales… Nous mènerons toutes les actions nécessaires pour défendre les droits des Hopi et des Acoma devant la justice française’ a déclaré Ori Z. Soltes, chairman de HARP.

Le chairman de la nation hopi, Herman G. Honanie, a déclaré : ‘Tous nos amis Katsinam doivent revenir chez nous, à leur place légitime, en territoire hopi. La position des Hopi est ferme : ces ventes doivent cesser… Ces objets appartiennent aux Hopi et doivent nous être restitués’.

Le gouverneur des Pueblo Acoma, Fred S. Vallo, a déclaré : ‘Les Acoma se tiennent aux côtés des Hopi pour mener toutes les actions nécessaires afin de stopper cette vente illégale de notre patrimoine culturel’ et appelle ‘les gouvernements américain et français à œuvrer ensemble pour mettre un terme à cette pratique’.

Notes aux rédactions :

- Les Hopi vivent dans douze villages au nord-est de l’Arizona. Ils appellent leur patrie Hopituskwa.
- Les Pueblo Acoma vivent à l’ouest d’Albuquerque, dans l’Etat du Nouveau Mexique.
- HARP est une organisation basée à Washington qui se consacre à l’identification et à la restitution d’œuvres d’art pillées, notamment les biens qui ont été pillés durant le régime nazi.
- Les Hopi s’opposent à la publication des images de Katsinam qu’ils considèrent comme offensante et irrespectueuse.
- Lire le communiqué conjoint des Hopi, des Pueblo Acoma et de HARP (pdf en anglais)
- Sam Tenakhongva sera à Paris à partir du 10 juin et sera disponible pour interview. Contacter Lucille Escartin au +33 1 42 41 47 62
- Télécharger la biographie de Sam Tenakhongva.