Victoire pour les communautés du Sarawak après la suspension d'un projet de barrage

Les Penan dépendent de la forêt pour chasser et pratiquer la cueillette. Le barrage de Baram aurait inondé 388 km2 de forêt.

Les Penan dépendent de la forêt pour chasser et pratiquer la cueillette. Le barrage de Baram aurait inondé 388 km2 de forêt.
© Survival

La construction du barrage de Baram, qui aurait inondé les territoires de 20 000 autochtones dans l’Etat du Sarawak en Malaisie, a été suspendue. Les communautés s’y opposaient depuis des années.

Le Premier Ministre de l’Etat du Sarawak, Tan Sri Adenan Satem a récemment annoncé qu’il avait été décidé de suspendre le projet afin de respecter la position des communautés affectées : ‘Si vous ne voulez pas de ce barrage, c’est d’accord. Nous respecterons votre décision’.

Les peuples indigènes dont les habitations et les forêts auraient été inondées par le barrage avaient organisé des manifestations et bloqué l’accès au chantier durant 2 ans. Ils ont accueilli avec joie la nouvelle mais ils ont insisté sur le fait que la construction du barrage ne devait pas être uniquement ‘suspendue jusqu’à nouvel ordre’, mais qu’ils devaient être assurés qu’elle ne reprendrait jamais.

Ils demandent également que les terres concédées pour la construction du barrage leur soient restituées et que les permis d’exploitation forestière soient révoqués.

De nombreux observateurs sont sceptiques quant à la volonté soudaine du gouvernement de respecter les demandes des communautés indigènes. Leurs droits territoriaux et leur droit à refuser l’exploitation forestière, les plantations de palmiers à huile et les méga barrages n’ont pas été si facilement reconnus par le passé. Il se pourrait que des raisons économiques soient à l’origine de l’arrêt du chantier, les barrages existants dans l’Etat du Sarawak fournissant déjà plus d’énergie que nécessaire.

Les populations kenyah, kayan et penan affectées par le barrage s’y sont farouchement opposées dès le début du projet. Elles sont parfaitement conscientes des difficultés auxquelles sont confrontées d’autres communautés qui ont été expulsées de leur territoire pour faire place à des barrages. Elles luttent pour pratiquer la chasse et la cueillette, ou pour cultiver sur les petites parcelles de terres qui leur ont été attribuées.

Lors du blocus du barrage de Baram, Lenjau Tusau, le chef du village de Long Makaba a démontré le courage et la dignité dont ont fait preuve les manifestants en affirmant : ‘Nous ne partirons pas. Notre vie est ici, notre culture aussi. La terre, les rivières et les rochers nous appartiennent’.

Le barrage de Baram faisait partie d’une série de 12 barrages hydroélectriques qui devaient être construits par le gouvernement du Sarawak. En 2008, un document révélant les projets du gouvernement visant à construire de tels barrages avait été diffusé sur internet en dépit du fait qu’il n’existe pas de marché pour l’électricité qui y aurait été produite.

De nombreuses organisations locales, nationales et internationales, telles que Survival, ont mené campagne durant des années contre ces projets de barrages. Des centaines de sympathisants de Survival ont écrit au gouvernement de l’Etat du Sarawak pour protester contre les barrages, l’exploitation forestière et les plantations. Survival exhorte le gouvernement du Sarawak à ne pas permettre que des projets de développement soient menés sur les territoires des peuples indigènes sans avoir obtenu leur consentement libre, préalable et éclairé.